Course d'orientation, ou presque.

Publié le par Lisa Dawn

Lundi matin, j'aurai un entretien avec le directeur de l'école de la communication de ScPo pour parler de mon orientation. Le détail intéressant c'est que quoi que je dise, le règlement ne lui permettra pas de me refuser l'entrée de ce master. Il y a de quoi se demander pourquoi on l'oblige à perdre ainsi son temps, mais après 3 ans d'observation de l'administration de cette école, plus rien ne m'étonne et je me dis qu'après tout, s'ils y tiennent, pourquoi pas.

J'ai donc prévenu Molly que je ne viendrai que lundi après-midi à CH.
On en a profité pour parler un peu de ce que j'envisage de faire l'an prochain.

Comme un certain nombre de mes camarades, je suis en pleine remise en question.
Enfin, non, pas tout à fait.

Beaucoup se demandent toujours ce qu'ils veulent faire plus tard et comme ils n'en ont aucune idée, ils se demandent essentiellement quel master représente le meilleur équilibre entre "gagner bien sa vie" et "faire des études pas trop chiantes". Oui parce que certains étudiants, y compris ceux qui ont un cerveau qui fonctionne bien le reste du temps, sont persuadés qu'il est possible de ne pas "gagner bien sa vie" avec obtenant un diplôme de notre tant admiré, tant apprécié et tant critiqué lieu d'études.
Parfois je me demande si ces gens ont essayé de vivre un peu en-dehors de leur aller-retour quotidien entre la rue St Guillaume et leur appart à côté de Sèvres Bab. Sauf que je connais la réponse, et c'est : oui, bien sûr. Beaucoup n'ont pas grandi à Paris, certains ont encore des amis de lycée, vous savez ces êtres inférieurs qui ne sont pas entrés dans une grande école après le bac.
J'ai envie de poser brutalement ma main sur leur visage quand je les entends me dire "j'hésite à faire Affaires internationales parce que bon tu gagnes pas super bien ta vie après" quand on sait que le salaire moyen des diplômés de ce master, au bout d'un an, c'est... 30 000 euros par an. Je ne vise personne ici, j'ai entendu tellement de monde dire cette connerie que j'ai préféré oublié qui l'avait proférée.

Forcément, comparé à ce qu'on gagne en faisant Droit éco ou Finance, Affaires internationales ou Ecole de comm, ça fait beatnik.
Comparé à quelqu'un qui touchera le SMIC en sortant de master dans une autre université, c'est tout simplement méprisant (et ça prouve une méconnaissance totale de la chance qu'ils ont d'être entrés dans cet école, et j'insiste sur le mot chance parce que, reconnaissez-le ou non, mais notre admission est en partie le fruit du hasard).
Le problème c'est que la plupart des gens qui parlent aujourd'hui de faire Droit éco ou Finance ajoutent "bon au moins je suis sûr de bien gagner ma vie".

Ce qui premièrement est un pari sur l'avenir vu qu'on ne sait rien de façon certaine et que si ça se trouve le capitalisme va mourir un jour, comme tous les autres concepts. Vous viendrez pas pleurer le jour de la révolution, je vous avais prévenue.
Mais deuxièmement et plus sérieusement, moi je veux bien, avoir plein d'argent ça peut arranger pas mal de choses dans la vie. Sauf que ça implique de faire des semaines de 70h. Ce qui laisse peu de temps pour patauger dans sa piscine chauffante. Donc gagner plein d'argent pour passer sa vie à ne faire que travailler, excusez-moi monsieur le Président, mais bof, je préfère dormir, jusque tard de préférence.
Enfin, et c'est peut-être la remarque la plus importante de cet article qui ne parle pas du tout de ce que j'avais en tête, je sais que tous les goûts sont dans la nature, mais avouez que vous aussi vous trouvez ça incroyablement chiant le droit éco. Je reconnais que certains peuvent être passionnés, après tout je connais plutôt bien quelqu'un qui est devenue prof de latin par passion pour cette langue, donc il en faut beaucoup pour me surprendre. Mais la vaste majorité des gens qui s'apprêtent à demander ces masters ne sont pas du tout intéressés par ces matières. Pire, beaucoup détestent les maths (pardon June Prune). Et bien pire, ils n'ont absolument aucune idée du genre de métier qu'on fait avec ces diplômes. Non seulement ils n'ont aucune expérience professionnelle dans ce domaine, mais en général ils ne connaissent même pas les noms de métiers auxquels ils seront censés prétendre dans 2 ans.

Quand on a entre 19 et 22 ans, je trouve ça un peu dommage de ne toujours pas savoir ce qu'on veut faire. Mais ceci dit, c'est pas facile de trouver, parce qu'il faut prendre le temps d'y penser et que souvent il faut un déclic, une expérience, une rencontre, et tant qu'elle n'est pas survenue, on ne sait pas.
Par contre, quand on est étudiant dans une telle école depuis 3 ans, ne pas être foutu de s'être renseigné sérieusement sur les débouchés et se contenter de dire "ScPo nous informe paaaaas" avant de choisir un master par défaut sans trop savoir où il mènera, je suis désolée mais c'est un peu tant pis pour ta gueule. Certes l'information émanant de l'administration est fort peu informative, mais attendre le 26 mars pour s'en plaindre alors que ça fait 2 ans et demi que les élèves plus vieux te répètent que tu vas voir ça va être la panique au dernier moment, c'est faire preuve de stupidité.

Il fallait se plaindre avant, aller voter aux élections syndicales, lire les maquettes pédagogiques (quand elles existent...), envoyer des mails aux responsables des masters.
L'administration n'était pas du tout préparée à voir le nombre d'élèves exploser en quelques années, on le sait tous depuis septembre 2008.

Quand je me dis que "l'élite de la France" n'est pas foutue de prendre plusieurs heures pour réfléchir à son avenir, envoyer des mails ou décrocher son téléphone pour obtenir des informations, ni de lire en entier les mails qu'on lui envoie (ni de les ouvrir tout simplement, ne parlons pas de cliquer sur des liens), ça me rend triste.

Ce n'est heureusement pas le cas de tout le monde, mais le nombre d'étudiants qui se vantent de ne jamais lire les mails envoyés par notre école est néanmoins effarant. Ils ne se sentent pas concernés.
Oh. Tiens. Concernés.
Mais oui, c'est donc ça.
Ils ne se sentent pas concernés par ce qui se passe en dehors de leur vision immédiate.
De toute façon, en cas de problème, il y aura forcément quelqu'un pour répondre sur Facebook.

Publié dans Presque indépendante

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